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Martin Luther a vécu
en un temps qui a déjà connu des personnages ayant accompli "une
révolution" à leur manière : Gutenberg avec l'imprimerie, Colomb avec ses
découvertes et Copernic avec sa nouvelle vision de l'Univers. Martin
Luther va également accomplir sa révolution, dans le domaine de la
religion, fondant la Réforme Protestante.
Martin
Luther a vu le jour en 1483, le 10 novembre, à Eisleben, dans le comté
de Mansfeld. Dès 1484, toute la famille s'installe à Mansfeld. Son père,
Hans, exploite des mines de cuivre. Il éduque Martin Luther d'une façon
plutôt sévère, mais les rapports avec ses parents sont dans l'ensemble
bons. Le père de Martin Luther, souhaitant s'élever socialement, met
beaucoup d'espoir en son fils et désire lui offrir les meilleures
études.
Martin Luther a fait des études à Magdebourg en 1497, à Eisenach en 1498 et enfin à l'université d'Erfurt
en 1501 pour embrasser une carrière juridique. C'est au cours de ces
études, et notamment à Magdebourg et Eisenach, qu'il découvre la
religion et l'humanisme qui y faisait son entrée. Il est bachelier en 1502
et devient maître ès arts en 1505.
Cette
même année, Martin Luther connaît une crise existentielle avec des
doutes sur son devenir et sa peur de la mort. Un évènement décide de
son engagement à être moine. Pris dans un orage dans les environs
d'Erfurt, la foudre éclate près de lui. Il fait alors ce voeu : "A mon
aide, sainte Anne ! Je veux me faire moine". Il veut ainsi assurer
son salut éternel. Son père aurait souhaité le voir poursuivre des
études de droit.
Martin
Luther rejoint les ermites de Saint Augustin d'Erfurt. Il se révèle être
un homme religieux assidu et qui progresse vite. Il est ordonné prêtre
en 1507 et enseigne la philosophie. Martin Luther se rend compte des
difficultés de la vie de moine. Il la prend tellement au sérieux qu'il
est conscient qu'il ne peut la vivre sans pêcher comme cela devrait
être. Martin Luther accordait également beaucoup d'importance à la Bible
et remarque qu'elle ne s'accorde pas toujours avec les dogmes de
l'Eglise.

Remarqué
par Johann von Staupitz, Martin Luther va au couvent de Wittenberg en
1511. Staupitz lui laisse sa chaire d'enseignement biblique en 1512. En
1514, il devient prédicateur dans la même ville, et un an plus tard, il
y devient professeur d'écriture sainte. Les questions spirituelles sont
la préoccupation principale de Martin Luther. Pour lui, il existe une
distance entre Dieu, sa sainteté et l'homme, être plus faible et parfois
enclin aux mauvaises actions. Il pense également que l'homme doit vivre
dans l'amour de Dieu et non accumuler les bonnes actions faites
seulement dans l'espoir de se racheter au moment de son salut les péchés
qu'il aurait commis.
Martin Luther va alors s'exprimer
dans des débats, se rapprochant des humanistes qui so uhaitent
une réforme de l'enseignement théologique. Pour ces derniers, il faut
enseigner les langues utilisées dans la Bible afin de pouvoir travailler
sur les textes originaux. Martin Luther s'oppose à une pratique
notamment utilisée par Tetzel. Ce dernier vendait, au profit de la
reconstruction de la basilique Saint Pierre de Rome, des lettres
d'indulgence qui permettaient d'absoudre certains péchés et ainsi de
réduire la peine de purgatoire. Martin Luther publie le 31 octobre 1517
les "95 thèses" où il dénonce ces indulgences. Ce texte est affiché sur
les portes de la cathédrale de Wittenberg, ou du moins devait-il l'être
(c'est toujours un mystère) et l'invention récente de l'imprimerie
permet une diffusion élargie, attirant l'intérêt des intellectuels.
Luther ne voulait que dénoncer cette pratique. Mais comme elle venait du
pape, Luther a fait l'objet d'une dénonciation de Rome.
Le texte des "95 thèses" ne va
pas sans créer des soucis à Martin Luther. Ce dernier, en 1518, établit
sa découverte théologique : l'homme n'a pas à rendre la justice car elle
est offerte par Dieu en croyant dans le Christ. C'était une vision plus
gaie qui ne demandait pas de comportement d'ascèse pour faire pénitence.
Luther a une audition avec le cardinal Cajetan en octobre 1518. C'est la
première étape du procès engagé contre lui. Luther ne fait pas seulement
que contester l'autorité du pape, mais va jusqu'à affirmer que les
conciles peuvent eux-mêmes se tromper (dispute de Leipzig avec Johann
Eck d'Ingolstadt en 1519). Compte tenu de la renommée de Martin Luther,
Frédéric de Saxe lui offre sa protection. Cela va avoir pour conséquence
de reporter le procès du réformateur.
La Réforme va alors se
développer, aidée par les récents progrès de l'imprimerie, faisant de
Wittenberg une université moderne. La vision de Martin Luther apportait
plus de joie que la vision classique. Rien n'y est fait en pénitence
mais comme une émanation de la foi. Certains sacrements sont abandonnés
car non établis par le Christ. Martin Luther transmet un écrit au pape
s'intitulant "De la liberté du chrétien" qui décrit le chrétien
comme un homme libre, non assujetti à quelqu'un, mais devant être
également un être serviable. A Charles Quint, il dédie "A la noblesse
chrétienne de la nation allemande sur l'amendement de la condition de
chrétien" qui affirme que des laïques peuvent être autant des
prêtres que ceux issus du clergé, de par leur baptême et qu'ils doivent
prendre en charge la réforme de l'église si le pape ne s'en saisit pas. Il va jusqu'à dire que la Bible est au dessus de l'autorité
du pape.
En
réponse, le pape Léon X, en juin 1520, publie une bulle nommée "Exsurge
Domina", qui prononce l'excommunication de Martin Luther. De plus ses
écrits sont brûlés. Luther, en réponse, au cours du mois de décembre de
la même année, brûle la bulle "Exsurge Domina" du pape, ne reconnaissant
plus la justice de l'Eglise. Tout est consommé entre les deux
conceptions.
Martin
Luther est banni de l'Empire et ses écrits interdits. Il risque l'arrestation et l'exécution.
Frédéric de Saxe lui offre l'hospitalité au château de la Wartburg.
Martin Luther profite de cet abri pour écrire de nouveaux textes
expliquant ses choix. Il répond notamment à la condamnation de la
Sorbonne. Il décide que la confession ne doit plus être obligatoire. Il
dénonce le célibat des prêtres car l'état de chasteté pour Martin Luther
n'est pas synonyme de célibat et peut être dans le mariage comme un état
approuvé de Dieu. Moines et nonnes, en toute bonne conscience, ont dès
lors quitter les monastères et couvents. Il effectue une traduction
allemande du Nouveau testament, la Bible étant entièrement traduite en
1534.
Durant
ce temps, les partisans de Martin Luther, du moins les plus radicaux,
établissent des changements à Wittenberg. Martin Luther est inquiet de
ces agissements, menés sous l'autorité d'Andréas Bodenstein von Karlstadt, qui sèment le
trouble. En effet, les bouleversements déclenchés par Luther étaient
récupérés par d'autres pour être modifiés, voire déformés. Thomas
Müntzer voulait dans sa ligne "Le peuple de Dieu" jusqu'à juger les
hérétiques. Si Luther a
été hissé en héros dans cette contestation face à l'Eglise, il rompt
avec les expressions les plus radicales. En effet, beaucoup souhaitent
dans cette nouvelle vision de l'Evangile un changement important de leur
situation. C'est ainsi qu'un ancien disciple de
Luther, Thomas Müntzer, se lie avec la contestation paysanne, dans le
mouvement qui les anime en 1524 Martin Luther ne conteste pas le
bien-fondé de la révolte mais il n'adhère pas au fait d'utiliser les
Evangiles dans un programme social que l'on souhaiterait imposer par la
force. Au moment où cette révolte paysanne risquait de conduire au
ch aos, Luther préconise l'action des autorités pour une répression
forte. On l'accusa, et encore aujourd'hui, d'avoir empêché la "première
révolution allemande". Ces paysans sont vaincus le 15 mai 1525
à Frankenhausen.
Martin Luther pense que toute
résistance à une autorité ne peut se faire que passivement. Il distingue
le règne spirituel et le règne temporel, le second étant important,
contrairement à ce que mettait en avant les conceptions du Moyen Age.
D'où, pour Martin Luther, le rôle de l'Etat doit être plus important,
notamment pour le maintient de l'ordre et de la cohésion sociale.
Martin
Luther, dès 1516, s'oppose à Erasme. Si Erasme admet l'importance des
idées de Martin Luther dans la réforme de l'église, il trouve sa façon
de faire plutôt impétueuse. Erasme se détache donc de plus en plus de
Luther. Au texte d'Erasme intitulé "Du libre arbitre" publié en 1524 et
qui préconisait un retour à la simple morale chrétienne, Luther répond
en publiant "Du serf arbitre" où il met en doute les capacité de l'homme
à assurer son salut, salut qui était uniquement don de Dieu.
En 1525,
Martin Luther épouse Catherine de Bora, une ancienne none. Elle lui donne six enfants.
Luther y voit d'ailleurs un don de Dieu et forge sa position contre le
célibat des prêtres. Dès 1526, se construit un protestantisme luthérien,
diffusé par Philippe Melanchthon. D'autres mouvements prennent forme,
influencés ou non par Luther. Mais pour tous la situation est fragile,
des mesures étant prises contre eux à la deuxième diète de Spire en
avril 1529. Qualifiés de "protestants", ils cherchent à s'unir,
notamment entre le mouvement allemand et suisse, mais l'accord est
difficile à trouver. Il est finalement trouvé sur plusieurs points (la
communion, le rejet de la vision catholique du changement du pain et du
vin en substances faisant partie du corps du Christ). Le désaccord reste
entier sur la Cène.
Martin
Luther poursuit son activité de professeur et de théologien. Il est le
premier à publier un catéchisme (grand catéchisme pour les théologiens
et petit catéchisme pour les enfants). En effet, Martin Luther estimait
que l'on manquait d'un manuel destiné à assurer l'instruction des
enfants. Ce sont surtout ces catéchismes qui ont contribué à répandre
les idées de Luther. L'Eglise catholique fera le sien
pour le contrer. Martin Luther propose en 1530 de rendre obligatoire
l'école. Il réalise une traduction complète de la Bible en 1534. Elle a
des influences même dans le domaine littéraire car elle a effacé tous
les dialectes germaniques en les remplaçant par l'allemand moderne.
Martin Luther fait également évoluer la musique. La monophonie et le
chant grégorien étaient très utilisés, les autres genres musicaux étant
parfois considérés comme oeuvre du diable. Martin Luther écrit le texte
et la mélodie de trente six cantiques et affirme que c'est à travers le
texte que la musique devient acceptable théologiquement et que la beauté
de la musique n'est en rien condamnable. Martin Luther préfère ainsi la
polyphonie.
En
1530, à la diète d'Augsbourg - qui était pour Charles Quint l'occasion
de mettre un terme au conflit religieux - à laquelle Martin Luther ne peut
participer du fait de son excommunication, Melanchthon écrit un texte
dans lequel il tente de limiter les désaccords avec les catholiques.
Les conclusions de cette diète pesaient d'une lourde menace de guerre
contre les protestants. Luther accepte de revenir sur ses positions, car
pour lui, il était important d'obtenir des avancées, mais toujours dans
la paix. Il obtient satisfaction avec la trêve de Nuremberg qui met un
terme, très provisoire, à ces querelles religieuses. 1532.
Martin
Luther, en vieillissant, est parfois vu comme un être acariâtre. Dès
1527 il souffre de problèmes circulatoires et par la suite de la maladie
de pierre. Martin Luther était cependant actif dans la diffusion de la
Réforme, en Allemagne, notamment en Saxe et Brandebourg, et en
Scandinavie. Il favorise des rapprochements entre la France et
Wittenberg. Il se montre plus réticent lorsque les anglais tentent des
tractations avec la ligue de Smalkalde (constituée par des princes
allemands, favorables au luthéranisme, contre l'empereur Charles Quint).
Ses
dernières années ont été marquées par une polémique contre les juifs.
Déçu que ces derniers ne donnent pas suite à son appel pour qu'ils se
convertissent au Christ, Martin Luther a été jusqu'à les considérer
comme des adversaires sur le plan théologique, et à demander que soient
brûlées les synagogues et que les juifs soient expulsés. Cette position,
condamnable, était fort partagée dans le monde chrétien du XVIème
siècle.
Mais
le principal ennemi reste la papauté que Martin Luther a combattu
jusqu'au bout de ses forces. En 1545, le pape Paul III convoque un concile à Trente, en
Italie. Les protestants ne souhaitent pas s'y rendre. martin Luther
écrit un pamphlet sur la papauté. La rupture est totale.
Martin
Luther décède le 18 février 1546 dans sa ville natale de Eisleben, lors
d'un voyage .
Le
luthéranisme trouve ses fondations sur les ouvrages suivants :
|
. La
confession de foi d'Augsbourg de Melanchthon (1530)
. Les articles de Smalkalde de Luther
. Les commentaires de l'épître aux romains de Luther
. Le traité de la liberté chrétienne de Luther (1520)
. Le grand et le petit catéchisme de Luther (1529) |
Le
luthéranisme est caractérisé par :
|
.
L'affirmation du symbole des apôtres
. La soumission à l'autorité unique de l'Ecriture
. Le dogme de la consubstantiation (contrairement à celui de la
transsubstantiation des catholique)
. La limitation des sacrements au baptême et à l'eucharistie
. Le rôle de protection de l'Eglise du Prince
. La distinction entre le pouvoir des évêques et de l'Etat
. Le refus du magistère romain
. Le mariage des pasteurs |
Les
princes allemands constituent une ligue en 1531 à l'encontre de
l'empereur. Il s'agit de la ligue de Smalkalde. Ils soutiennent le
luthéranisme et favorise son expansion en Allemagne et en Scandinavie.
Le luthéranisme permet l'éclosion de courants religieux comme le
prétisme de Jacob Spener. Aujourd'hui le luthéranisme comprend soixante
dix millions de membres dans le monde avec une fédération prépondérante,
la fondation luthérienne mondiale créée en 1947.
Avant
cela, l'opposition entre les protestants et les catholiques, en ce
XVIème siècle, va aller en s'amplifiant. Bien des heures sombrent
attendent la France et les autres pays de l'Europe...

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