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Les Bacchanales où Le Folâtrissime Voyage d'Arcueil près Paris, dédié à la joyeuse troupe de ses compagnons, fait l'an 1549 de Pierre de Ronsard
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Ce poème raconte le périple de La Brigade au collège Coqueret auprès de leur principal Dorat en juillet 1549. On y ressent les sensations de gaité, de joie, d'enivrement du groupe de poètes autour d'un bon repas accompagné de musique. Comme toutes les oeuvres de Ronsard, celle-ci est aussi en vieux français. En fin de poème, vous trouverez des indications sur certains termes de celui-ci. Les Bacchanales est une oeuvre faisant partie, lors de sa première édition en 1552, du Cinquième livres des Odes joint aux Amours. Debout ! J'enten la brigade J'oy l'aubade De nos amis enjoüez, Qui pour nous esveiller sonnent et entonnent Leur chalumeaux enroüez.
J'entr'oy desjà la guiterre, J'oy la terre Qui tressaute sous leur pas ; J'enten la libre cadence De leur danse, Qui trepigne sans compas.
Corydon, ouvre la porte, Qu'on leur porte Dés la poincte du matin Jambons, pastez et saucices, Sacrifices Qu'on doit immoler au vin.
Dieu gard la sçavante trope ; Calliope Honore vostre renom, Bellay, Baïf, et encores Toy qui dores La France en l'or de ton nom.
Le long des ondes sacrées, Par les prées, Couronnez de saules vers, Au son des ondes jazardes Trepillardes, A l'envi ferez des vers.
Moy, petit, dont la pensée N'est haussée Du desir d'un vol si haut, Qui ne permet que mon ame Se r'enflame De l'ardeur d'un feu si chaut,
En lieu de telles merveilles, Deux bouteilles Je prendray sus mes rongnons, Et ce hanap à double anse, Dont la panse Sert d'oracle aux compagnons.
Voyez Urvoy qui enserre De lierre Son flacon plein de vin blanc, Et le portant sur l'espaule, D'une gaule, Luy pendille jusqu'au flanc !
A voir de celuy la mine Qui chemine Seul parlant à basse vois, Et à voir aussi la moüe De sa joüe, C'est le Conte d'Alsinois.
Je le voy comme il galope Par la trope Un grand asne sans licol ; Je le voy comme il le flate, Et luy grate Les oreilles et le col.
Ainsi les Pasteurs de Troye Par la voye Guidoyent Siléne monté, Preschant les loix de sa feste, Et la teste, Qui luy panchoit à costé.
Vigneau le suit à la trace, Qui r'masse Ses flacons tombez à-bas, Et les fleurs que son oreille, Qui sommeille, Laisse choir à chaque pas [...]
Iô ! Iô ! troupe chere Quelle chere Ce jour ameine pour nous ! Parton donc or' que l'Aurore Est encore Dans les bras de son espous [...]
Iô ! que je voy de roses Jà décloses Par l'Orient flamboyant ; A voir des nües diverses Les traverses, Voici le jour ondoyant.
Voici l'aube safranée, Qui jà née Couvre d'œillets et de fleurs Le Ciel qui le jour desserre, Et la terre De rosées et de pleurs [...]
Iô ! je voy la vallée Avallée Entre deux tertres bossus, Et le double arc qui emmure Le murmure De deux ruisselets moussus.
C'est toy, Hercueil, qui encores Portes ores d'Hercule l'antique nom, Qui consacra la mémoire De ta gloire Aux labeurs de son renom.
Je salue tes Dryades, Tes Naïades, Et leurs beaux antres cognus, Et de tes Satyres peres Les repaires, Et des Faunes front-cornus.
Chacun ait la main armée De ramée, Chacun d'une gaye vois Assourdisse les campagnes, Les montagnes, Les eaux, les prez, et les bois.
Jà la cuisine allumée, Sa fumée, Fait tressauter jusqu'aux cieux, Et jà les tables dessées Sont pressées De repas delicieux.
Cela vraiment nous invite D'aller vite Pour apaiser un petit La furie vehemente Qui tourmente Nostre aboyant appetit.
Dessus nous pleuve une nue D'eau menue Pleine de liz et de fleurs ; Q'un lict de roses on face Par la place Bigarré de cents couleurs [...]
D'autre costé n'oyez-vous De Dorat la voix sucrée Qui recrée Tout le ciel d'un chant si dous ?
Iô ! Iô ! qu'on s'avance ! Il commance Encore à former ses chants, Celebrant en vois Romaine La fontaine Et tous les Dieux de ces champs.
Preston donc à ses merveilles Nos oreilles ; L'enthousiasme Limosin Ne luy permet rien de dire Sur sa lyre Qui ne soit divin, divin.
Iô ! Iô ! quel doux stile Se distile Parmy ses nombres divers ; Nul miel tant ne me recrée Que m'agrée Le doux Nectar de ses vers.
Quand je l'enten, il me semble Que l'on m'emble Tout l'esprit ravy soudain, Et que loin du peuple j'erre Sous la terre Avec l'ame du Thebain,
Avecque l'ame d'Horace : Telle grace Remplist sa bouche de miel, De miel sa Muse divine, Vrayment dine D'estre Sereine du Ciel.
Hà Vesper ! brunette estoile, Dont le voile Noircist du ciel le coupeau, Ne vueilles si tost paroistre Menant paistre Par les ombres ton troupeau.
Arreste, noire courriere, Ta lumière, Pour ouyr plus longuement La douceur de sa parolle, Qui m'affole D'un si gay chatouillement.
Quoy ! des Astres la bergere, Trop legere Tu reviens faire ton tour, Devant l'heure tu flamboyes, Et envoyes Sous les ondes nostre jour.
Va ! va ! jalouse, chemine, Tu n'es dine, Ny tes estoiles, d'ouyr Une chanson si parfaitte, Qui nest faitte Que pour l'homme resjouyr.
Donque, puis que la nuict sombre, Pleine d'ombre, Vient les montagnes saisir, Retournon troupe gentille Dans la ville, Demi-soulez de plaisir.
Jamais l'homme, avant qu'il meure, Ne demeure Bien-heureux parfaitement ; Tousjours avec la liesse La tristesse Se mesle secrettement.
Calliope : c'est le nom de la muse de la poésie épique et de l'éloquence. Dryades : ce sont les nymphes des chênes. m'emble : vient du verbe embler qui signifie "enlever en soulevant". Thebain : il est, chez Ronsard, soit Pindare soit Bacchus, peti-fils de Cadmus, roi de Thèbes. coupeau : autre synonyme, sommet d'une colline. |
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