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Isabelle de Portugal Lisbonne 1503 - Tolède 1539 |
Isabelle de Portugal est née le 24 Octobre 1503. C'est le deuxième enfant de Manuel 1er et María. Elle est également la petite fille d'Isabelle de Castille. Cela en fait la cousine germaine de Charles Quint. Isabelle de Portugal perdra sa mère à l'âge de quatorze ans. Elle s'occupera beaucoup de ses frères et sœurs, jouant ainsi un rôle de mère. Le roi Manuel 1er se remarie en 1519 avec la sœur aînée de Charles Quint, Eléonore. Isabelle de Portugal fait l'unanimité tant par sa beauté que par ses qualités. Pedro Mexía, témoin de son mariage avec Charles Quint dit : "L'impératrice parut à tous être la plus belle princesse qui fût jamais dans le monde, ce qu'elle était vraiment, mais également dotée d'une âme singulièrement belle et bonne." Le père Sandoval a ce commentaire : "Si hera hermosa en el cuerpo, mucho mas fue en el alma (Si elle était belle physiquement, elle l'était encore plus dans son âme)". Alonso de Santa Cruz, fils du gardien de l'Alcazar à Séville fait ce portrait : "L'impératrice avait le teint très clair et le regard candide, elle parlait peu et sa voix était basse et douce ; elle avait de grands yeux bleus, une petite bouche, le nez aquilin, la poitrine très menue, de belles mains, la gorge haute et belle ; elle était douce et très réservée, trop peut-être. Honnête, silencieuse, pleine de gravité, de dévotion, de retenue et de discrétion, à tel point qu'elle répugnait à demander quoi que ce fût à l'Empereur, y compris pour elle-même, et plus encore à solliciter des faveurs pour d'autres ; de sorte que l'on peut dire que l'Empereur avait trouvé une femme à sa hauteur et convenant à son caractère." A sa beauté et à sa bonté, il faut ajouter une volonté de fer et un sens très poussé de la dignité. Le père Sandoval rapporte à ce sujet un exemple : "Comme l'Impératrice était dans les affres de l'accouchement et que celui-ci se prolongeant douloureusement la souffrance était de plus en plus grande et l'épuisait, la sage-femme lui dit : " Sérénissime Dame, ne vous donnez donc pas tant de mal à vous retenir de gémir, mais poussez au contraire un grand cri qui vous soulagera." L'impératrice répond alors : "Il n'en est point question, bonne matrone, plutôt mourir que crier." Elle a demandé d'éteindre les lumières pendant l'accouchement pour que les femmes qui l'assistaient ne voient pas sa douleur. Elle aurait même demandé à avoir un voile sur le visage. Le mariage de Charles Quint et Isabelle de Portugal est célébré en deux temps. La première phase, qui s'appelle la cérémonie de "desposorios", a eu lieu au Portugal les 1er novembre 1525 et 20 janvier 1526. Bien que ne se connaissant pas, il se sont aimés dès qu'ils ont fait connaissance. Isabelle quitte le Portugal le 30 janvier 1526. Elle sera escortée jusqu'à la frontière espagnole et sur son trajet recevra l'hommage de la population dans un mouvement d'allégresse, au son des trompettes et des hautbois. Le 7 février, elle est confiée à des seigneurs espagnol qui l'escorteront jusqu'au palais. Ce moment est décrit par le chroniqueur Pedro Mexía : "[La princesse avait quitté sa litière et était montée sur une blanche haquenée ; tous les portugais mirent alors pied à terre et vinrent, l'un après l'autre, dans l'ordre, lui baiser la main et prendre congé d'elle. Cela fait, l'Infante encadrée par ses deux frères s'avança jusqu'à la ligne (qui sépare les deux royaumes) ; là les seigneurs et chevaliers de Castille mirent à leur tour pied à terre et vinrent lui baiser la main.] ... [Cette remise solennelle achevée, dans le bruit assourdissant des hautbois, trompettes et tambours qui, des deux côtés s'étaient alors avancés en nombre tel qu'on n'en avait jamais vus autant, les infants s'approchèrent pour baiser la main de l'Impératrice et prendre congé avec la plus grande tendresse et le visage altéré par l'émotion, puis repartirent avec les autres portugais en direction d'Elvas. De son côté, l'Impératrice accompagnée des Grands et des nobles de Castille se rendit à Badajoz ; le marquis de Vila Real et nombre de chevaliers de sa maison et de sa lignée l'escortèrent jusqu'à Séville.]" Isabelle de Portugal arrive le 3 mars 1526 à Séville. L'Empereur arrive cinq jours après. La deuxième phase s'y déroulera. Gonzalo Fernández de Oviedo offre ce récit : "Quand il (Charles Quint) parvint devant l'Impératrice et qu'ils se regardèrent, elle s'agenouilla et voulut avec insistance lui baiser la main. L'Empereur s'inclina très bas pour la relever en la prenant dans ses bras, l'embrassa et la prit par la main, puis ils passèrent dans une autre pièce où ils restèrent un quart d'heure assis là, entouré des Grands qui étaient présents en nombre. Puis l'Empereur se retira pour ôter sa tenue de voyage et s'habiller somptueusement avant de retrouver l'Impératrice. Là ils furent mariés in verbo de praesenti par le cardinal Salviati, légat du Pape.[...] Quand l'horloge sonna minuit, on dressa un autel dans la chambre de l'Impératrice, et l'archevêque de Tolède dit la messe et les bénit devant le duc de Calabre et la comtesse de Faro. Peu de personnes assistèrent à cette messe ; car ce fut une messe non préparée mais improvisée, quoique fort habilement. La messe achevée, l'Empereur passa dans sa chambre, il devait être deux heures du matin. Pendant ce temps l'Impératrice se coucha, et une fois qu'elle fut dans son lit l'Empereur vint consommer le mariage en prince catholique qu'il était." Mais des évènements en tâchent ces fêtes. L'évêque de Zamora s'échappe de prison en tuant le geôlier. Il sera exécuté suite à un ordre donné par Charles Quint de "faire justice" et qui fut mal interprété. Ensuite Charles Quint apprend le décès de sa sœur Isabelle. Cependant les festivités reprendront à Séville où les jeunes mariés restent deux mois. Le 13 mai, le jeune couple, avec sa suite réduite, part pour Grenade en passant par Ecije et Cordoue où ils reçoivent un accueil impressionnant. Charles Quint fera bâtir à Grenade un palais de style Renaissance et surtout une université et un hospice pour enfants trouvés. Ils quittent cette ville le 10 décembre. Ils passent à Tolède le 22 décembre, à Madrid début Janvier et arrivent à Valladolid où ils séjournent dans le palais de Bernardino Pimental. Isabelle de Portugal y accouchera quatre mois plus tard. Charles Quint implique sa famille dans le gouvernement de son empire. En 1528, devant partir en Italie, il confie le gouvernement de l'Espagne à l'Impératrice Isabelle, à peine relevée de la naissance de son deuxième enfant, l'infante Marie. Elle gouverne toute l'Espagne à trois reprise : de 1529 à 1533, de 1535 à 1536 et en 1538. L'Impératrice Isabelle est une reine dans la ligne de son père Manuel 1er. Elle lutte contre les pouvoirs périphériques et préfère le renforcement de la monarchie centralisée. Pour elle l'Espagne prévalait sur les autres territoires de l'empire de Charles Quint. Elle informe Charles Quint sur les problèmes rencontrés en Espagne (absence de Charles Quint, coûts exorbitants des luttes extérieures de l'Empereur, détresse des nécessiteux). Elle doit également lutter à la défense de son royaume, l'Espagne ayant beaucoup à craindre de la piraterie barbaresque avec notamment Barberousse. Isabelle de Portugal a dû faire face aux problèmes du gouvernement, mission qu'elle accomplit comme un vrai monarque. Elle se montre prudente, autoritaire et diplomate tout à la fois. Elle souhaite maintenir la cohésion du royaume de l'intérieur et vis-à-vis de l'extérieur. Manuel Fernandez Alvarez dit : "Isabelle avait été plus qu'une compagne fidèle, plus que l'âme du foyer impérial, plus que la femme qui avait donné à l'Empereur un héritier. Isabelle avait démontré une véritable aptitude à gouverner, en se faisant aimer de ses sujets espagnols et en jouant avec intelligence et dignité le rôle de lieutenant impérial, pendant les absences de Charles Quint." Grâce à Isabelle de Portugal qui gouverne l'Espagne, Charles Quint peut mener sa tâche en Europe. Isabelle de Portugal meurt le 1er mai 1539, trois jours après la naissance d'un enfant mort-né. Tout le pays est plongé dans un deuil profond. Alonso de Santa Cruz écrit : "Vouloir expliquer ici le chagrin que causa à Sa Majesté la mort de l'Impératrice, ce désastre que Dieu avait jugé bon de lui imposer, serait impossible. Et, pour ne plus entendre les pleurs et les sanglots des dames et des autres personnes qui éclataient dans la demeure royale, et mieux se recueillir et méditer sur l'épreuve qui lui était infligée, il se rendit au monastère des frères hiéronymites de la Sisla, à une demi-heure de la ville de Tolède où, pendant plusieurs jours, personne ne l'a vu." Charles Quint, qui a trente neufs ans, ne se remariera jamais par fidélité à sa mémoire. |
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